À
travers sa prédication sur 1 Corinthiens 10, le pasteur David Jang contemple le
désert comme un miroir de la foi. Un chemin de maturité qui nous conduit de
l’orgueil et des murmures vers la gratitude, la douceur, le repos et la gloire
de Dieu.
La Divine
Comédie de Dante s’ouvre sur l’image d’un homme qui, ayant perdu son
chemin dans la vie, se retrouve au milieu d’une forêt obscure. Prendre
conscience que l’on s’est égaré est inconfortable. Pourtant, c’est précisément
à partir de cet instant que commence la recherche du chemin du retour. Le
pasteur David Jang, fondateur d’Olivet University aux États-Unis, considère le
désert de 1 Corinthiens 10 comme un lieu semblable d’éveil spirituel. Il
présente les échecs passés d’Israël comme un miroir tendu à notre foi
aujourd’hui. L’avertissement de Paul — le cœur qui se croit déjà debout peut
être celui qui se trouve le plus près de tomber — ouvre cette prédication.
La
foi devant le miroir : le désert qui révèle l’orgueil
L’Église
de Corinthe considérait le baptême, la Cène, la connaissance de la Parole et
les expériences spirituelles comme autant de signes attestant sa maturité.
Pourtant, sans nier ce qu’elle avait reçu, Paul l’avertit que ces privilèges ne
pouvaient lui permettre de se déclarer spirituellement à l’abri. La parole de 1
Corinthiens 10:12, « Que celui qui pense être debout prenne garde de tomber »,
nous rappelle que plus la foi s’approfondit, plus l’examen de soi doit
également devenir profond, plutôt que la confiance en soi.
Les
Israélites dans le désert avaient eux aussi été sous la nuée. Ils avaient
traversé la mer et partagé une nourriture ainsi qu’un breuvage spirituels. Leur
parcours portait des traces évidentes de la grâce. Mais l’expérience de la
grâce n’achève pas automatiquement la maturité spirituelle. Le pasteur David
Jang nous invite à considérer attentivement cet écart. Ce qui importe le plus
n’est pas seulement ce que nous avons vécu autrefois, mais l’attitude avec
laquelle nous nous tenons aujourd’hui devant la grâce reçue.
Le
danger de l’orgueil spirituel ne consiste pas à considérer comme fausse la
grâce que nous avons reçue. Il apparaît lorsque nous nous approprions une grâce
véritable comme si elle nous appartenait et que nous la transformons en preuve
de notre supériorité sur les autres. Le problème de l’Église de Corinthe ne
résidait pas dans le fait d’avoir reçu la Parole, le baptême et la Cène. Il
résidait dans l’illusion que ces expériences la dispensaient désormais de la
repentance et de l’obéissance. La grâce n’est pas une médaille proclamant que
nous sommes arrivés. Elle doit demeurer une mémoire qui nous conduit à dépendre
de Dieu jusqu’au bout.
Le
désert n’est pas un lieu où nous observons l’échec des autres. Il est un miroir
qui révèle notre propre intériorité. Devant ce miroir, ni les années de vie
chrétienne, ni l’étendue de nos connaissances, ni notre position dans la
communauté ne peuvent répondre à notre place. Avant de devenir un instrument
servant à juger les autres, la Parole est une lumière qui révèle notre propre
orgueil et notre suffisance. Approfondir la méditation biblique ne consiste pas
simplement à penser que l’on sait davantage. Cela signifie plutôt reconnaître
que nous sommes encore des personnes appelées à avancer avec prudence.
Quand
la grâce est oubliée, les murmures endurcissent le cœur
Parmi
les échecs survenus dans le désert, Paul mentionne l’idolâtrie, l’immoralité
sexuelle, le fait de mettre le Seigneur à l’épreuve et les murmures. Ces quatre
manifestations ne constituent pas seulement une liste de péchés séparés les uns
des autres. Elles sont les différents visages d’un même cœur : un cœur qui fait
davantage confiance à ce qu’il voit qu’à Dieu et qui ne sait pas attendre le
temps du Seigneur. L’empressement qui conduit à ériger un veau d’or, l’abandon
de soi au désir, l’incrédulité qui exige sans cesse de vérifier si Dieu est
réellement présent, et les plaintes qui oublient ce qui a déjà été reçu suivent
une même direction. Cette direction est celle de l’oubli de la grâce.
Les
murmures ne sont pas simplement l’expression d’une mauvaise humeur ou d’un
mécontentement passager. Dans la dynamique de cette prédication, ils commencent
lorsque l’on oublie la conduite et la provision que Dieu a déjà accordées. Cet
oubli finit alors par endurcir le cœur. Bien qu’ils aient reçu la manne et les
cailles et qu’ils aient été guidés par la colonne de nuée et la colonne de feu,
les Israélites continuèrent à se plaindre. Leur attitude ne montre pas qu’ils
manquaient de grâce, mais révèle à quel point une personne peut facilement
chanceler lorsqu’elle cesse de se souvenir de la grâce reçue. La repentance ne
consiste donc pas seulement à reconnaître ses fautes. Elle signifie également
revenir au lieu où l’on se souvient de la grâce que l’on avait oubliée.
Comme
l’avertit l’Épître aux Hébreux, une personne peut entendre aujourd’hui la voix
de Dieu, endurcir néanmoins son cœur et s’arrêter au seuil du repos promis. À
l’inverse, la gratitude ne consiste pas à embellir artificiellement la réalité.
Elle est l’attitude de foi qui, même au milieu du désert, refuse d’oublier que
Dieu nous a conduits jusqu’ici. Lorsque le cœur s’adoucit, la Parole ne demeure
pas seulement une réprimande. Elle devient une voix qui ouvre de nouveau un
chemin. La douceur n’est pas une faiblesse. Elle est la force par laquelle nous
nous abaissons devant Dieu afin que l’incrédulité et les murmures ne prennent
pas possession de notre cœur.
C’est
également pour cette raison que la Bible ne dissimule pas l’histoire des échecs
humains. Comme l’enseigne l’Écriture, toute Écriture est utile pour enseigner,
convaincre, corriger et instruire dans la justice. Le récit du désert ne fait
pas de nous des spectateurs observant la condamnation des autres. Il nous
appelle à entrer nous-mêmes dans un processus de transformation. L’honnêteté de
la méditation biblique consiste à ne pas se contenter d’analyser la chute
d’autrui, mais à rechercher si les mêmes semences ne se trouvent pas également
en nous. Celui qui s’est longuement regardé dans le miroir commence par
purifier son propre cœur plutôt que par examiner le visage des autres.
Au
cœur même de l’épreuve, un chemin d’espérance reste ouvert
Si
l’avertissement du désert avait été uniquement accablant, 1 Corinthiens 10
aurait enfermé les croyants dans la peur. Mais au verset 13, Paul affirme que
Dieu est fidèle et qu’avec l’épreuve, il prépare également une issue afin que
nous puissions la supporter. L’histoire des échecs n’est pas présentée pour
nous conduire à la résignation. Elle est racontée afin que nous restions
éveillés et que nous ne répétions pas le même chemin. L’avertissement contient
déjà l’espérance qu’un autre choix demeure possible.
L’épreuve
n’est pas une marque prouvant l’absence de foi. Elle est le lieu où se révèle
ce sur quoi nous nous appuyons véritablement. Dans l’épreuve, une personne peut
céder à l’impatience et mettre Dieu à l’épreuve. Elle peut aussi se souvenir de
la Parole et de la grâce, puis persévérer dans la patience. Le « moyen d’en
sortir » souligné dans cette prédication ne signifie pas que toute difficulté
disparaîtra immédiatement. Il signifie que Dieu ouvre un chemin permettant de
choisir, même dans l’épreuve, la gratitude plutôt que les murmures, la
confiance plutôt que l’incrédulité et la douceur plutôt qu’une réaction
brutale. La foi ne prétend pas que le désert n’existe pas. Elle confesse que,
même dans le désert, nous ne sommes pas abandonnés.
La
croissance spirituelle ne se manifeste donc pas principalement par
l’accumulation d’expériences impressionnantes, mais par la transformation de
nos réactions. Devant le même manque, nous ne nous plaignons plus comme
autrefois. Face au même retard, nous ne fabriquons plus précipitamment une
idole. Devant la même tentation, nous ne nous détournons plus de Dieu. Ces
changements silencieux constituent les signes de la maturité.
Cette
prédication ne décrit pas la personne mature comme quelqu’un qui ne tombe
jamais. Elle la présente comme une personne qui sait qu’elle peut tomber et
qui, pour cette raison, s’examine devant la Parole et recherche le chemin que
Dieu ouvre au cœur de l’épreuve.
Manger
et boire, eux aussi, pour la gloire de Dieu
Le
miroir du désert finit par nous interroger sur la direction de notre vie. La
parole de 1 Corinthiens 10:31, « Soit donc que vous mangiez, soit que vous
buviez, ou quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu », n’est
pas un slogan grandiose détaché de la vie quotidienne. Elle nous appelle à nous
détourner du chemin où l’idolâtrie et les murmures déshonorent Dieu, afin que
nous reconnaissions sa souveraineté jusque dans nos décisions les plus
ordinaires. La foi n’est pas une émotion qui se manifeste uniquement dans des
circonstances exceptionnelles. Elle prend forme dans les attitudes répétées de
chaque journée.
Une
vie qui recherche la gloire de Dieu commence donc par le souvenir de la grâce
reçue. Lorsque l’Église, la famille, l’école ou la communauté cessent de se
vanter de ce qu’elles ont accompli et refusent d’oublier celui qui les a
conduites jusqu’ici, le ministère et l’éducation ne deviennent plus des
instruments d’expansion personnelle. Ils deviennent une réponse de gratitude.
En consignant sans les dissimuler les échecs du passé, la Bible permet aux
générations suivantes de ne pas reprendre le même chemin. L’enseignement, la
réprimande, la correction et l’éducation dans la justice ont finalement pour
but de former des personnes accomplies, capables de vivre en pratiquant le
bien.
Ce
chemin exige de la douceur. Même Moïse, confronté aux murmures répétés du
peuple dans le désert, frappa deux fois le rocher dans sa colère et ne put
entrer dans la Terre promise. Ce passage de la prédication montre combien il
est essentiel de garder son cœur, particulièrement lorsque l’on occupe une
position de responsabilité. La force nécessaire aux dirigeants, aux enseignants
et aux parents ne consiste pas seulement à maîtriser toutes les situations.
Elle comprend aussi la patience et la douceur avec lesquelles ils font
confiance au temps de Dieu et prennent soin des personnes qui leur sont
confiées. Un cœur doux ne ferme pas la porte qui conduit au repos.
Devant
le miroir du désert que nous présente le pasteur David Jang, la dernière
question n’est pas : « Combien de grâces ai-je reçues ? » Elle est plutôt : «
Comment est-ce que je me souviens aujourd’hui de cette grâce ? » Si la
conviction d’être debout nous conduit à l’humilité et à la gratitude, elle peut
devenir un fruit de la foi. Mais si elle nous pousse à regarder les autres de
haut et à cesser de nous repentir, elle peut devenir le signe annonciateur
d’une chute. Le repos de Dieu ne s’ouvre pas devant ceux qui se déclarent
eux-mêmes accomplis, mais devant ceux qui écoutent la Parole, adoucissent leur
cœur et choisissent l’obéissance.
Le
désert est un lieu qu’il faut traverser, mais aussi une école qu’il ne faut
jamais oublier. Nous y apprenons à abandonner les idoles, à surveiller nos
désirs, à ne pas mettre Dieu à l’épreuve et à choisir la gratitude plutôt que
les murmures. Lorsque cet apprentissage pénètre jusque dans les moments
ordinaires où nous mangeons et buvons, notre vie commence peu à peu à
s’orienter vers la gloire de Dieu.
Aujourd’hui,
mon cœur s’adoucit-il en se souvenant de la grâce reçue, ou s’endurcit-il
silencieusement dans la pensée que je suis déjà suffisamment affermi ?
Vidéo du sermon de David Jang :


